Posté il y a longtemps sur KaZeo, je le repostes ici, pour celles qui préfèrent rester sur skyrock... Le Chapitre 1!
[ Remember when... we never had to remember when times were better... ]
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____C'était une journée ensoleillée et deux jeunes garçons s'amusaient dans le parc. En les regardant de près, il était impossible de ne pas remarquer leur grande ressemblance: mêmes cheveux blonds, mêmes yeux bruns chocolat, mêmes petites manies. Des éclats de rire fusaient à tous moments des enfants, surveillés attentivement par une grande dame, elle aussi blonde, assise sur un banc de bois dont était parsemé le parc. Une autre femme, petite et trapue, vint s'asseoir à son côté, envoyant son fils jouer avec les garçons et engageant la conversation avec la dame blonde.
____Après avoir joué un bon moment dans le sable, les trois garçons décidèrent de jouer à cache-cache et un des deux blondinets fut choisi pour chercher les autres. Il aimait bien jouer à ce jeu, mais détestait se retrouver seul et devoir trouver ses amis, surtout que le parc était grand et plein de cachettes. Il soupira et commença donc son décompte en se cachant les yeux.
____Trente, vingt-neuf, vingt-huit... peut-être son frère irait-il se cacher dans les buissons, près du module de jeu? Vingt-sept, vingt-six, vingt-cinq... Ou alors dans le grand bac à sable représentant la caravane de la voiture en bois qui trônait fièrement devant? Vingt, dix-neuf, dix-huit... Et son ami, lui? Peut-être derrière sa mère, comme il le faisait quelques fois? Quinze, quatorze, treize... Le petit garçon continua de reviser les cachettes possibles tout en continuant son décompte. Neuf, huit, sept... Il décida de vérifier le module et le banc en premier lieu, endroits qui lui semblaient le plus probable de trouver ses compagnons de jeu. Quatre, trois, deux, un...
«
Prêts, pas prêts, j'y vais! » déclara-t-il d'une voix forte pour que les autres puissent bien l'entendre.
________Il courut jusqu'au banc où les deux femmes discutaient toujours, mais ne vit pas son ami. Son assurance en prit un coup et il détala vers le module de jeu, espérant avoir vu juste. Il s'en approcha silencieusement afin de ne pas annoncer son arrivée trop rapidement et, voyant une tête blonde dépasser d'un recoin, s'écria joyeusement:
«
Tom, je t'ai trouvé! »
Le prénommé Tom se releva et alla rejoindre son frère en trottinant.
«
Pis, Bill? Tu as trouvé Andy? » se renseigna Tom.
«
Non... Tu peux m'aider à le trouver, s'il-te-plaît? » fit l'autre, tout piteux.
«
Je pense qu'il est allé dans la forêt. »
«
D'accord, merci Tommi!! »
____Le petit Bill s'élança en courant vers la forêt, dans l'espoir de trouver son ami caché derrière un arbre. Il chercha à l'orée des arbres, dans les buissons et un peu partout sans oser entrer sous le couverts des feuillus. Il se souvint d'une histoire racontée par un de ses amis: des loups-garous vivaient dans la forêt du parc et attendaient que des enfants innocents y entrent pour les attaquer sauvagement et les dévorer tout cru. Une autre légende lui revint à l'esprit et le fit frissonner. Dans cette histoire, des vampires vous tombaient dessus et vous suçaient le sang jusqu'à la dernière goutte, vous transformant en une de ces créatures sanguinaires.
____Bill songea à laisser tomber le jeu et de retourner jouer tranquilement dans le sable. Une image de Tom et Andy se moquant de sa peur de la forêt s'insinua dans son esprit et lui insuffla le courage nécessaire pour pénétrer dans la fameuse forêt. Il se concentra pleinement sur sa mission - trouver son ami - pour empêcher son esprit d'imaginer des monstres sauvages et sanguinaires rôder autour de lui. Il se sentait suivi, mais attribua ce sentiment à sa peur et à son imagination.
____Pourtant, il était réellement suivi. Depuis quelques minutes, une ombre le suivait de loin, se cachant derrière les arbres et les buissons pour ne pas se faire repérer. Elle se faufilait discrètement entre les branchages jonchant le sol, contournait silencieusement les buissons. Elle avançait prudemment, curieuse et intriguée. En général, les êtres tels que ce jeune garçon ne pénétraient pas si loin dans la forêt, dans le domaine de cette ombre silencieuse. La présence imposante de l'ombre qui emplissait cette forêt seule faisait renoncer l'humain le plus courageux d'y pénétrer plus avant. Que l'un d'eux y soit parvenu malgré tout, elle avait peine à y croire.
____Elle s'approcha un peu plus de l'humain et huma l'air. Ce qu'elle ressentit alors la fit reculer de deux pas. Quelques jours plus tôt, elle avait croisé un autre humain dégageant cette odeur et savait qu'elle devait s'en méfier, sinon s'en tenir loin. Toutefois, l'instinct de protéger son territoire surpassa sa crainte de l'étranger et elle bondit derrière celui-ci, dévoila ses crocs et lança un grognement sourd de mise en garde.
____En entendant grogner, Bill se retourna en sursaut, le coeur battant à toute vitesse. Il aperçut alors le grand loup qui le fixait, bien campé sur ses pattes, crocs découverts. La bête était imposante de par son attitude et par son allure. Elle semblait aussi en colère. Bill ne connaissait rien des loups, ignorait même que certains vivaient tout près de chez lui, mais il savait qu'il valait mieux ne pas rester près d'un animal sauvage enragé. Sans quitter l'animal des yeux, il recula de quelques pas et, n'y tenant plus, se retourna pour s'enfoncer dans la forêt en courant, le coeur battant la chamade. Les arbres, buissons et autres plantes défilaient rapidement autour de lui alors qu'il fuyait à toutes jambes.
____Il se demanda alors, après quelques secondes à peine, si le loup l'avait suivi. Le garçon tourna la tête sans ralentir sa course effrénée et son coeur manqua un battement en voyant qu'effectivement, l'animal en colère courait derrière lui à grandes foulées, réduisant peu à peu la distance qui les séparait. Bill retourna la tête pour regarder où il allait, mais ne put éviter une grosse racine sortant du sol et traversant tout le sentier. Inévitablement, il trébucha dessus. Dans sa chute, sa tête frappa une branche basse. Il attérrit donc sur le sol, inconscient et blessé au front.
____En entendant le bruit d'une masse s'effondrant au sol, le loup ralentit la cadence et huma l'air une nouvelle fois pour comprendre ce qu'il se passait. À l'odeur habituelle de son domaine s'ajoutait, bien sûr, celle de l'indésirable ainsi qu'une subtile, mais dérangeante odeur de sang. Passant de la colère d'être envahi à la simple curiosité, le loup trotta vers le garçon évanoui, s'arrêtant à quelques pas de lui pour vérifier s'il y avait un certain danger. Son odorat lui révéla que le garçon était seul et qu'il ne courait donc aucun danger à s'approcher, ce qu'il fit donc. Le loup examina l'enfant inconscient, le poussa gentiment du museau pour le réveiller. Soudain, une odeur semblable à celle du garçon assaillit ses narines. Cette nouvelle effluve, pour le moins désagréable, inspira la peur au loup qui, cette fois, s'éloigna sans mettre au défi le nouvel arrivant, courant tête basse et queue entre les pattes
____Lorsque l'animal fut loin, une femme sortit du couvert des arbres et s'approcha à son tour du garçon. Ses lèvres étroites s'étiraient en un sourire satisfait alors que ses yeux rouges découvraient peu à peu l'aura de l'enfant. Une aura qui dégageait la puissance, l'imposance, malgré le jeune âge de l'individu. La femme cligna des yeux et ses iris, tout d'abord rouge sang, changèrent de couleur pour le noisette, lui donnant un regard beaucoup plus doux que précédement. Elle s'agenouilla à côté de l'enfant et lui toucha l'épaule.
____Une décharge d'énergie secoua alors Bill qui en frissonna et ouvrit les yeux. Il sursauta en voyant la dame tout juste à côté de lui alors que, dans ses souvenirs, il était poursuivi par un loup enragé. Il s'assit pour retrouver ses esprits et pour mieux voir la femme. Il la trouvait plutôt belle avec ses longs cheveux noirs, sa peau légèrement pâle et son grand sourire chaleureux. Il se sentait en sécurité auprès d'elle, comme s'il la connaissait depuis longtemps. Il avait d'ailleurs l'impression de la connaître.
«
Dis-moi, mon petit, comment vas-tu? » demanda la dame, apparemment inquiète pour Bill.
«
Je... ça va... Vous êtes qui? »
«
Je m'appelle Clarence, mais tu peux m'appeller Clara. Et toi? Quel est ton nom? »
«
Je m'appelle Bill. »
____Le garçon regarda autour de lui, cherchant la direction qu'il avait prise pour arriver jusque là. Il ne reconnaissait aucun arbres - d'ailleurs, ne sont-ils pas tous semblables? Bill commença à avoir peur. Il voulait retourner voir Tom, il voulait retourner chez lui, mais comment y parviendrait-il s'il n'arrivait pas à retrouver son chemin au travers de la forêt? Clarence vit son trouble et le questionna gentiment:
«
Qu'y a-t-il, Bill? Quelque chose ne va pas? »
«
Je sais pas comment retourner au parc, maman va s'inquiéter et Tom aussi! » gémit le garçon fouillant toujours les environs des yeux.
«
Je peux t'aider à y retourner, si tu veux. » proposa Clarence en lui tendant la main et en souriant.
____Bill regarda sa main quelques secondes et la prit. Durant un dixième de seconde, une partie de son esprit lui intima de s'éloigner de cette femme, mais se tut rapidement. Le garçon se sentait en confiance avec Clarence et lui sourit alors qu'elle l'aidait à se relever. Il se dit à lui même qu'il n'avait aucunes bonnes raisons d'avoir peur d'elle: elle était gentille avec lui et s'inquiétait de son sort.
____Ils marchaient ensemble depuis quelques minutes. Bill avait l'impression que ce n'était pas le bon chemin: cela ne lui avait pas pris autant de temps se rendre là où Clarence l'avait trouvé. Néanmoins, il faisait confiance à cette femme bien que, selon les règles de sécurité élémentaires, il ne fallait pas parler aux étrangers et ne rien accepter d'eux. Il faut croire que cette base de sécurité avait échappé à Bill.
____La fraîcheur de la nuit commençait à s'installer autour d'eux à l'instar de la noirceur. Un hibou lança son hululement qui fit frissonner Bill. Un peu nerveux, il regardait derrière lui: il avait l'impression qu'on les suivait. Il lui semblait entendre un froissement de tissus, une faible respiration, des bruits de pas étouffés, mais à chaque fois qu'il se retournait, il ne voyait que la sombre forêt. Soudain, il crut voir une ombre passer à toute vitesse à quelques mètres de lui, sur sa gauche. Apeuré, il se rapprocha de Clarence tout en scrutant les environs.
____Sans prévenir, deux hommes de grande taille se jetèrent sur eux, assommant Bill dans la lancée...
*
____Tom et sa mère étaient rentrés chez eux, dévorés par l'inquiétude. Bill n'était pas ressorti de la forêt depuis qu'il y était entré, il y a de cela quelques heures. La mère des jumeaux s'était jetée sur le téléphone pour appeler la police, rapportant la disparition de son fils. Bien sûr, elle aurait pu aller s'y aventurer seule pour retrouver elle-même son cadet, mais elle n'avait aucun sens de l'orientation et craignait de se perdre en cherchant à retrouver Bill. Cela aurait été plutôt ironique.
____Près de trente minutes furent nécessaires à ce que le policier, l'officier Kuntz, arrive chez les Kaulitz, le poste le plus près étant dans une ville un peu éloignée de leur village. Madame Kaulitz raconta à nouveau ce qu'elle connaissait de l'histoire et, à la demande du représentant de la loi, l'emmena à ce parc, en bordure de la fameuse forêt. Un peu plus tard, une unité rejoignit Kuntz et, après que celui-ci leur ait donné les instructions, les « renforts » se disséminèrent dans la forêt afin de retrouver celui qui avait disparu.
____Le policier, resté avec Madame Kaulitz et Tom, les enjoignit à s'asseoir sur le banc le plus près, en attendant. Il rassura la mère et le fils du mieux qu'il le put, vantant les mérites de l'équipe de recherche et exposant le faible pourcentage représentant les chances de Bill de se faire attaquer par un animal sauvage. Alors que le silence s'était installé depuis un moment, un bruit lointain résonna pendant à peine quelques secondes.
____Au même moment, Tom plaqua sa main sur son cou avec un petit cri de douleur. Surpris, Mme Kaulitz et Kuntz se tournèrent vers lui, le regard empreint d'inquiétude pour la première, le regard inquisiteur pour le second. Ils posèrent aussitôt des questions à Tom qui refusa systématiquement de répondre. Tandis que Mme Kaulitz tentait de faire parler son fils, le policier fut interpellé par un membre de l'équipe par le biais de son talkie-walkie.
«
Chef, ici S098. On a retrouvé le petit. C'est un cas de V-66. » À l'annonce du code, le policier fronça les sourcils et s'éloigna de la petite famille.
«
Vous en êtes sûr, S098? »
«
Parfaitement certain, chef. Il y a les marques sur son cou. »
«
Très bien... » Kuntz soupira et passa une main sur son visage. «
Rappelez toute l'équipe et sortez illico de là. »
«
Compris, chef! »
____L'homme mit fin à la conversation et retourna vers Mme Kaulitz et son fils. Il leur annonça que Bill avait été retrouvé, omettant toutefois de préciser le « cas de V-66 ». Il ne voulait pas les effrayer et devait, de toute façon, garder ce genre d'information secrète. Lorsque ses hommes ressortirent de la forêt, le policier alla tout de suite les rejoindre pour vérifier l'étendue des dégâts. Étonnement, aucune blessure de n'importe quel genre n'était apparente. Il leva donc un regard chargé d'incompréhension vers celui qui transportait l'enfant.
«
Chef, les marques ont disparues alors qu'on revenait. Je ne vous ai pas donné d'informations erronées. » s'empressa de préciser S098.
«
Bien, bien... »
____À ce moment, Mme Kaulitz et Tom s'approchèrent des policiers, tout deux inquiets.
«
Est-ce qu'il est blessé? Est-ce que mon fils a été attaqué?? Pourquoi est-ce qu'il est inconscient? » demanda la mère, paniquée, en voyant Bill dans les bras de S098.
«
Il va bien, ne vous en faites pas, madame. Il s'est seulement cogné la tête. » rassura S098.
____Mme Kaulitz enleva son fils des bras du policier et le serra contre elle, soulagée de le revoir en un seul morceau...
*
____Dans les jours qui suivirent, Tom remarqua chez son frère un comportement étrange. Par exemple, Bill partait souvent seul pour aller voir une nouvelle amie, inconnue de tous. Tom l'avait bien évidemment interrogé à ce propos, mais son frère refusait de répondre. De plus en plus, il avait les nerfs à vif, se fâchait pour un rien contre Tom et sa mère, avait toujours faim même après avoir mangé, avait toujours mal au ventre ou à la tête. Quelque chose qui n'avait toutefois pas changé, c'était son obstination à ne pas vouloir prendre de médicaments même s'il souffrait.
____Alors que Tom trouvait son frère jumeau bizarre, Mme Kaulitz était persuadée qu'il ne s'agissait que d'une simple crise d'adolescence précoce. Après tout, sa propre soeur avait fait des siennes au même âge. Ce qu'elle croyait pourtant être la vérité était bien loin de la réalité. Bill ne traversait pas une simple crise d'adolescence, il vivait un plus grand changement psychologique et physique. Il avait décidé de n'en parler à personne sauf à Clarence.
____Peu à peu, Bill en était venu à la considérer cette femme comme sa meilleure amie, sinon une grande soeur. Il passait beaucoup de temps avec elle depuis qu'il l'avait rencontrée. Clarence lui parlait souvent d'histoires de vampires: les pouvoirs des « Seigneurs », qui s'avéraient être énormes; le conseil des sages, dont le but était d'assister le Seigneur des Vampires, le plus puissant des vampires, et de régler les problèmes mineurs que la société vampirique pourrait rencontrer; les liens qui unissaient la caste des « Seigneurs » aux « Faux-Vampires », ceux-ci étant des vampires nés d'un parent humain et d'un parent vampire; et ainsi de suite.
____Deux semaines après la rencontre entre Bill et Clarence, Tom fut réveillé en plein milieu de la nuit par son frère cadet qui se lamentait dans son lit. L'aîné se leva et alla le rejoindre.
«
Ça va pas? » chuchota Tom.
«
J'me sens pas bien, j'ai mal au ventre et à la tête. »
«
Je vais te chercher des médicaments pour ça, je reviens... »
____Alors qu'il s'apprêtait à se lever, une main le retint et il entendit son frère ajouter:
«
J'en ai déjà pris, mais ça fait rien. »
____Tom fut surpris par cet aveu - Bill ne prenant jamais rien pour soulager une quelconque douleur. La seule chose qu'il trouva à lui dire fut:
«
L'effet est pas direct... Laisses-leur le temps d'agi... »
«
Ça fait déjà une heure et demie que je les ai prises. Ça fonctionne pas, j'te dis. »
____Le silence s'installa tandis que Bill se tenait le ventre et que Tom le regardait, impuissant à l'aider d'aucune façon. Bill ferma les yeux, laissant échapper un faible gémissement, et les rouvrit. L'aîné des jumeaux sursauta lorsque le regard de l'autre se posa sur lui. Ce n'était pas tant le fait que Bill regardât son frère qui effrayait celui-ci que le fait que le cadet aie les yeux rouges plutôt que noisette.
«
B-Bill? T'es yeux... »
«
Quoi, mes yeux? » répliqua Bill, avec un claquement de langue.
«
Ils sont... devenus rouges... » balbutia Tom, déstabilisé.
«
Mes yeux sont pas rouge! T'imagines des trucs. Retourne dormir », riposta le benjamin, sur un ton sec.
____Bill poussa son frère hors de son lit et se recoucha sous ses couvertures, se recroquevillant en position f½tale. Il ne voulait pas montrer son trouble à son double. Tom devait halluciner, ce ne pouvait pas être vrai. Clarence le lui aurait dit... Bill jeta un regard vers son frère, qui, entre-temps, avait repris place dans son propre lit et semblait maintenant dormir à poings fermés.
____L'enfant troublé ferma les yeux et soupira. Il ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait et cela l'effrayait. « Mes yeux peuvent pas avoir changé de couleur! » Se répétait-il. « Tom ment, c'est sûr. » Pourtant, il ne put s'empêcher d'aller à la salle de bain, question de vérifier les dires de son frère. Il poussa un nouveau soupire, de soulagement cette fois, en apercevant ses iris chocolat. Il avait raison et Tom avait mentit.
____Une autre de ces crampes auxquelles il était désormais habitué l'assaillit. Il grimaça et porta une main à son ventre, réflexe dû à la douleur. Il avait l'impression qu'on lui tailladait les entrailles à l'aide d'une lame et, lors de crampes plus violentes, il aurait juré que son corps brûlait de l'intérieur. Depuis l'épisode de la forêt, dont il gardait un souvenir plutôt flou, il avait ces crampes et toutes sortes d'autres douleurs. Il avait parfois mal aux dents, ses yeux brûlaient de temps à autres et, à ces moments, il croyait voir des ombres colorées autour des gens et de certains objets.
____Il n'avait parlé de tout ça qu'à Clarence, puisqu'il avait l'impression qu'elle seule pouvait le comprendre. Il savait que sa mère l'aurait trouvé étrange et ne l'aurait pas cru s'il lui racontait tout cela et Tom... Sans savoir pourquoi exactement, Bill ne tentait pas à partager cela avec lui, contrairement à son habitude.
____Lorsque la crampe lui passa, il se releva lentement, les jambes un peu molles, et refit face au miroir. Bill retint une exclamation de surprise mélangée à de la peur au moment où il vit son reflet. Il ressentait des fourmillements sur toute la surface de son visage, fourmillements qui se traduisaient par l'apparition de petites vagues courant sur sa peau, brouillant son faciès.
____Effrayé, Bill vit ses traits se redéfinir chacun leur tour. Ses iris étaient passés du noisette au rouge sombre, ses canines s'était allongées de quelques milimètres, ses sourcils s'étaient froncés, lui donnant l'air de quelqu'un de redoutable, tout comme la forme de son visage qui avait désormais l'air plus découpé et moins enfantin que plus tôt. Dans l'ensemble, Bill trouva sa nouvelle apparence à la fois effrayante, mais réconfortante.
____Il retourna à sa chambre dans un état d'esprit totalement différent, on aurait pu croire qu'il était devenu quelqu'un d'autre en l'espace de quelques minutes seulement. D'ailleurs, il appréciait grandement ce changement. Tous les gestes qu'il faisait lui apportaient de nouvelles sensations, plus précises et moins anodines. Au moment où son regard se posa sur son frère, profondément endormi, sa décision était prise...
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____Tom se réveilla étonnement tôt, ce matin-là. Les paupières encore lourdes de fatigue, il promena son regard sur la pièce, trouvant l'atmosphère plutôt fraîche. Il remarqua la fenêtre ouverte, par laquelle un vent frais s'engouffrait, faisant onduler paresseusement les rideaux. Son regard se posa ensuite sur le lit de Bill... vide.
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Remember when (we never had to remember) - There for Tomorrow.
Deyz -xx-